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Avant proposLes prochaines élections municipales dans la capitale s'annoncent " historiques ". Pas seulement parce qu'elles seront les premières du XXIe siècle mais, plus fondamentalement, parce que la nature des enjeux au cœur de ce scrutin confirme l'aspect décisif d'un tel rendez-vous. Ce dont il s'agit, c'est d'écrire, à gauche, une nouvelle page de l'histoire de Paris. Face à des villes comme Londres, Berlin, Francfort ou Barcelone, Paris est aujourd'hui en perte de vitesse. Mais l'on oublie trop souvent que si ces métropoles affrontent avec succès la compétition internationale, c'est notamment parce qu'elles ne baissent pas les bras face à de nombreux défis, qui s'imposent à elles comme à l'ensemble du monde urbain : attractivité du territoire pour les activités économiques, qualité de vie, solidarité, organisation des déplacements ou adaptation des politiques d'urbanisme à l'évolution des modes de vie, politique culturelle innovante, sont autant d'enjeux communs à toutes les métropoles du monde à l'ère de la " civilisation urbaine ". Paris doute de son avenir et se trouve à la croisée des chemins. Nous avons pourtant la conviction que la capitale peut jouer un rôle pionnier dans l'émergence d'un modèle inédit qui offrirait des réponses innovantes à l'ensemble de ces problèmes urbains : tout simplement ce qu'on appelle un projet. Pourquoi ne pas imaginer que dans quelques années, on s'installe, on investisse ou on se réfère à Paris, pour sa capacité à avoir résolu cette équation urbaine qui, en France comme ailleurs, assimile souvent la ville à un espace subi, oppressant, anarchique. À Paris, quels sont les termes de cette équation ? Changer d'ère à Paris, c'est définir les enjeux d'un nouveau projet tourné vers l'avenir. Le premier enjeu est l'enjeu démocratique. Il est la condition d'une réelle rupture et se décline dans les méthodes d'élaboration et de mise en œuvre d'un projet global et ambitieux. Le deuxième enjeu de notre projet réside dans la redistribution de l'espace public et dans la réduction de la fracture territoriale entre le Nord, l'Est de Paris et le reste de la Capitale, donc dans la mise à niveau équitable pour tous les Parisiens des services, de l'habitat, de l'environnement. Le troisième enjeu est d'agir sur la ville en articulant les différentes échelles d'un projet solidaire du quartier à la région. D'abord, faire de notre cité un modèle de démocratie. Plus que jamais, l'urgence d'une nouvelle culture démocratique est perceptible dans les attentes qu'expriment les Parisiens, au-delà des clivages partisans traditionnels : une culture ouverte, transparente, égalitaire, reposant sur des règles claires et toujours respectueuses de la loi. Autrement dit, l'antithèse exacte du système qui ternit depuis trop longtemps l'image de notre ville. Les instruments au service d'une telle révolution culturelle s'appellent décentralisation, déconcentration, coproduction avec les corps intermédiaires, concertation et pouvoir de contrôle réel dévolu aux citoyens. Là se trouvent les clefs d'une nouvelle démarche qui produira ses effets dans tous les domaines de la vie municipale. La démocratie, en outre, doit se conjuguer au féminin. Les femmes sont, de fait, partie prenante de la vie urbaine dont un grand nombre d'activités les concernent en priorité. Elles sont les plus grandes utilisatrices de la Ville qu'il s'agisse de transports en commun, de services publics, de commerces… Nous devons donc partir du principe que tous les aspects des politiques locales les concernent. Tous, sans exception. Nous devrons donc conjuguer la ville au féminin. Ensuite, redistribuer l'espace public et inventer un nouveau Paris solidaire. Aujourd'hui, 94 % de la voirie parisienne est dédié à l'automobile alors qu'un Parisien sur deux n'en possède pas. Cherchez l'erreur. Une offre accrue en matière de transports collectifs, une répartition plus équitable entre automobile et modes de déplacements alternatifs (piétons, bus, vélos, rollers) ainsi qu'une tarification attractive du stationnement résidentiel sont indispensables. L'ensemble s'inscrirait dans une évolution maîtrisée du cadre urbain : afin de lutter contre les pollutions (atmosphérique et phonique) mais, plus largement, de repenser la ville, d'y créer des espaces de verdure, de liberté et de convivialité. Car à l'heure d'Internet, de la réduction du temps de travail et du réaménagement du temps scolaire, le paysage urbain doit aussi refléter les nouveaux rythmes du citadin. Sur ce sujet culturellement essentiel, notre devoir sera de porter, sans jamais en sous-estimer l'ampleur, le profond désir de changement qui domine au sein de la population. Car ce défi qui mêle à la fois réorganisation de l'espace et rapport au temps, est lui-même porteur de changements profonds dans les relations qui se nouent au sein de la cité : il influe sur le cadre que nous voulons dessiner au service d'une nouvelle harmonie sociale. En effet, à côté du Paris de l'innovation, de l'audace et des nouvelles technologies que nous voulons promouvoir, n'oublions jamais le Paris de la souffrance, de l'isolement ou de la "galère" au quotidien, qui prend des formes malheureusement très diverses. Si la prochaine mandature doit être celle du renouveau, la solidarité apparaît à cet égard, comme la valeur la plus moderne du Paris de demain : solidarité sociale, culturelle mais aussi générationnelle, si l'on songe à la fois à la solitude qui frappe de nombreuses personnes âgées dépendantes et à l'hostilité - fabriquée et entretenue - de la cité à l'égard des plus jeunes. Ce pari de l'harmonie sociale traduit donc une volonté politique nouvelle, qui considère comme une richesse la diversité de la sociologie parisienne, et propose une place, un droit d'expression, ainsi qu'une citoyenneté assumée à chacune de ses composantes. Cette démarche nous a bien entendu conduit à souligner la place des femmes dans la ville qui, plus souvent engagées dans une vie professionnelle qu'ailleurs en France, ne souffrent que davantage des insuffisances de la politique municipale. La mise en œuvre de notre projet impliquera, enfin, de raisonner à la bonne échelle : l'ère d'un exécutif parisien centralisé, technocratique, replié sur ses frontières et entretenant avec la banlieue des relations qui mêlent mépris et arrogance est révolue. Le " Paris Métropole " implique l'établissement de nouveaux rapports avec les communes limitrophes, à travers des partenariats portant sur des sujets aussi concrets que la politique de la ville, les déplacements à l'échelle régionale, le développement économique, la recherche, l'université, le tri sélectif des déchets ou certains projets d'urbanisme. Hors d'une telle dimension, toute notion de changement risque de s'avérer illusoire dans des domaines qui influent pourtant directement sur le quotidien des Parisiens et sur lesquels pèsent depuis plusieurs années les effets de l'inertie municipale. De tels échange qui pourraient s'incarner dans une conférence périodique des maires de Paris et des communes voisines, naîtra la confiance nécessaire à la création d'une future "communauté de l'agglomération parisienne", conçue dans une synergie loyale avec les villes impliquées. Expérience, tout d'abord des maires d'arrondissements " conquis " en 1995, de leurs équipes et des élus socialistes et apparentés du Conseil de Paris, conduits par Bertrand Delanoë. Réflexion et travail de ces derniers auxquels se sont joints de nombreux militants socialistes ou associatifs qui ont contribué à enrichir ce projet. Souhaitons que l'ensemble de nos propositions soit au cœur du débat qui nous conduit à l'élection de mars 2001 car, en fonction du chemin suivi, le visage de Paris s'en trouvera modifié. La ville à laquelle nous aspirons, nous la voulons à la fois plus cohérente, plus solidaire, plus apte à favoriser l'expression de ses propres potentialités, et plus digne d'une histoire si riche. Bref, nous voulons remettre Paris en mouvement. Gageons que c'est bien à l'aune des réponses - ou des omissions - propres aux uns ou aux autres, que l'électeur parisien se déterminera le moment venu. 358 363 372 364 371 362 368 357 361 359 360 365 367 370 366 |